Guallino

avec deux L

 

 

Un article paru dans Artension n° 4

Mars-avril 2002

 

Texte de Pierre Souchaud :

Question séraphique sans doute : qu'est-ce qui séduit, émeut, transporte donc tant dans l'oeuvre de Patrick Guallino (avec deux L comme les anges ) ? Probablement le fait qu'il soit l'artiste qui assume le mieux ce délice du retour aux postures, aux visions, aux rêves de l'enfance ; qu'il soit allé le plus loin et le plus naturellement dans cette exploration aux sources balbutiantes de l'ambulation, du regard, de la pensée, de la parole, de l'écriture, du dessin, de la peinture. Guallino est un coeur pur qui nous invite également au vol de l'ange au-dessus de la mêlée violente, confuse et vaine des sociétés d'adultes.

 

Celui d'Anne Poiré :

Tablettes du contreciel, à la barbe en ficelle, de bois, os, lacets, étoffes les plus insolites, fils, coquillages : Guallino suscite des formes hiératiques, primitives, solides... Le fétiche à la langue de toile se maintient, raide, sévère, sur un corps imposant, totémique... Les matières en sont mystérieuses, comme cette peau de lézard, ou ce pagne de perles. Il s'agit de pièces aux vertus positives, bénéfiques. Les protecteurs de cérémonie abondent, débusqueurs de vertiges, de barrières... Ces reliquaires, parfois ailés, surmontent des crânes aux yeux de miroir. Les statuettes féminines, à la pierre fendue ou à la robe d'osier, se constituent disques d'offrandes, d'amitié...

Cet aspect de Guallino n'est pas le plus connu. Souvent, l'on évoque d'abord ses tableaux, colorés ... Tournicotis-tournicoton, - éternelle lune de miel - , les poèmes d'amour de ce troubadour de l'imaginaire se métamorphosent en fables des confins, atteignent les constellations. Des liens se tissent. Festif et joyeux, avec ses jubilatoires danseuses soleil, Guallino caresse les pétillants secrets d'un bonheur coloré... Le monde est sa maison ! Sur toile, bois ou papier, combinant l'huile, l'acrylique, le pastel ou l'encre de Chine, ses dessins représentent des couples, des animaux, aubes poétiques qui s'arc-en-ciélisent en chatoiements primaires, - bouton d'or, géranium, outremer. Dans cette palette éclatante, l'on retrouve des tonalités franches, traits associés à des palimpsestes énigmatiques, lisibles, ou non, mots tracés dans la pâte, selon le support : légendes obscures creusées dans la réminiscence...