Artension n°15

La revue Artension propose dans son numéro 15, de janvier février 2004 un article d'Anne Poiré sur Pierre Mathieu, aux pages 44 et 45.

 

Pierre Mathieu

Absolument sans modération

 

Mots énigmatiques en forme de slogans, qui captent le regard, débordent, du tracé qui "figure" au fond, lequel, disparate, ne définit surtout pas de plans ni de masses... S'agit-il de dérision ? Convient-il de dénoncer ou uniquement montrer du doigt ? Poésie urbaine, de banlieue, magma créateur... tag, pour marquer son territoire. Le trait, particulièrement acéré, contemporain, rappelle l'intensité de qui capture d'un jet la modernité dans ses angles et surprises.
Sans chaperon rouge, apparaissent des carnivores à la truffe schématisée, simplifiée à l'extrême, hippogriffes pas si loin finalement d'une esthétique de la bande dessinée ou du film d'animation, oiseaux pris à la glu du quotidien, dans des figures spontanées, fougueuses. Lion-fleur primitif, à la queue essentiellement graphique, dans sa justesse expressionniste, l'acuité d'un profil caricatural ou un buste incomplet, végétaux sortis de l'imaginaire, tous ces éléments sont là en tant que gages de picturalité, point comme représentation, en un traitement de la couleur qui n'a rien du remplissage, au carrefour d'oeuvres aussi riches et différentes que celles de De Kooning, Cy Twombly et Jean-Michel Basquiat, en un langage hautement personnel. La texture seule compte, peinture qui s'exhibe, dans ses frottages, grattages, dans sa matérialité, et réfléchit sur elle-même.
Les toiles de Pierre Mathieu, par leur efficacité, leur gravité, se veulent à la fois provocatrices, dans leur impulsivité, expressives, et du même coup, parlent directement.